Guide indépendant — dispositif Jeanbrun, art. 31 du CGI ● Mis à jour loi de finances 2026
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Déclaration d’engagement de location du bailleur privé

Un seul document conditionne l’avantage fiscal : le formulaire 2044-EB, cerfa n° 11639*26, que l’administration intitule depuis une vingtaine d’années « Statut du bailleur privé, engagement de location ». Un exemplaire par logement, daté et signé, joint à la déclaration de revenus. Sans lui, aucune déduction, même lorsque toutes les conditions de fond sont remplies.

L’expression a pris un second sens en février 2026. L’article 47 de la loi de finances pour 2026 a créé un dispositif d’amortissement que tout le monde appelle également statut du bailleur privé, ou dispositif Jeanbrun. Le formulaire et le régime portent donc le même nom sans désigner la même chose, et la portée de ce que vous signez dépend de celui dont vous relevez. C’est la première étape concrète pour déclarer son bien au fisc, et la seule qui soit irrévocable.

Le point sensible n’est pas le remplissage. Ce sont les dates : celle de l’achèvement, celle de la prise d’effet du bail, celle du dépôt de la déclaration. Un décalage sur l’une des trois suffit à faire tomber neuf ans d’amortissement.

Un intitulé de formulaire devenu nom de dispositif

Le 2044-EB n’est pas né avec la loi de finances pour 2026. Le millésime en vigueur pour les revenus 2025 vise les articles 199 septvicies et 199 novovicies du code général des impôts, c’est-à-dire le Scellier, le Pinel, le Pinel Bretagne et le Denormandie ancien. Les millésimes des années 2010 visaient encore les articles 31 et 31 bis, du temps où les régimes Périssol, Besson, Robien et Borloo neuf reposaient déjà sur un amortissement déduit des revenus fonciers.

Le dispositif Jeanbrun ramène le mécanisme à son point de départ. Il est codifié à l’article 31, I, 1°, i et j du CGI : une déduction au titre de l’amortissement, pas une réduction d’impôt. Le formulaire d’engagement retrouve ainsi sa fonction d’origine, avec une conséquence pratique immédiate. Le millésime distribué pendant la campagne 2026 ne comporte aucune case pour ce nouveau régime, puisque les premières options ne seront exercées qu’à partir de 2027.

9 ans
de location minimale, décomptés de date à date
12 mois
pour mettre le logement en location après l’achèvement
1 imprimé
par logement, signé et joint à la déclaration
21 fév. 2026
ouverture du dispositif, refermé au 31 décembre 2028

Ce que vous signez exactement en prenant l’engagement

La phrase imprimée sur le formulaire tient en cinq conditions cumulatives : location nue, locataire extérieur au foyer fiscal du propriétaire, usage d’habitation principale, plafonds de loyer et de ressources respectés, neuf ans au minimum. Le texte de 2026 y ajoute une exigence formulée plus nettement que dans les régimes précédents : la location doit être effective et continue sur toute la période. Un logement vide reste un logement non loué, et l’engagement ne se suspend pas pour autant.

Le cercle des locataires interdits dépasse le foyer fiscal. Sont exclus les parents et alliés jusqu’au deuxième degré, donc les enfants, les parents, les grands-parents, les petits-enfants, les frères et sœurs. En cas de détention par une société non soumise à l’impôt sur les sociétés, une SCI à l’IR par exemple, c’est la société qui prend l’engagement de louer, et l’associé qui s’engage de son côté à conserver ses parts pendant toute la période couverte.

Le choix du niveau de loyer se fait au moment de l’engagement de location Jeanbrun et se paie pendant neuf ans. Intermédiaire, social ou très social : plus le loyer est encadré, plus le taux d’amortissement monte, et moins vous encaissez. Les plafonds de loyer et de ressources sont fixés par décret et s’apprécient à la date de conclusion du bail, ce qui déplace la vérification sur chaque nouveau locataire plutôt que sur la seule année d’entrée dans le dispositif.

À RETENIR
  • ✓ Location nue, résidence principale du locataire, neuf ans minimum, de manière effective et continue
  • ✓ Locataire hors foyer fiscal et hors parents ou alliés jusqu’au deuxième degré
  • ✓ Plafonds de loyer et de ressources appréciés à la date de conclusion de chaque bail
  • ✓ Détention en société : engagement de location signé par la société, engagement de conservation des parts pris par l’associé

Le calendrier commande, pas le formulaire

Cinq dates s’enchaînent et chacune conditionne la suivante. Déposer l’engagement sur la mauvaise année produit le même résultat que ne rien déposer du tout.

  1. Acquisition du logement, ou dépôt de la demande de permis de construire pour un bien que vous faites construire, entre le 21 février 2026 et le 31 décembre 2028.
  2. Achèvement du logement ou des travaux, qui ouvre le délai de mise en location.
  3. Mise en location dans les douze mois qui suivent cet achèvement, ou l’acquisition si elle intervient après.
  4. Dépôt de l’engagement avec la déclaration des revenus de l’année d’achèvement, ou de l’année d’acquisition si elle est postérieure.
  5. Décompte des neuf ans à partir de la date de prise d’effet du bail, de date à date, et non à partir de la signature chez le notaire.

Le décalage se lit sur un cas courant. Un appartement acheté en VEFA en 2026 et livré en 2028 se déclare pour la première fois au printemps 2029. Un logement neuf déjà achevé et acquis en 2026 relève de la campagne 2027, sur les revenus 2026. Personne ne dépose d’engagement Jeanbrun pendant la campagne 2026, qui porte sur les revenus 2025.

Cet écart entre l’acquisition et le point de départ des neuf ans explique la durée réelle d’immobilisation. Entre la signature, la livraison et le terme de l’engagement, une opération lancée en 2026 se referme rarement avant 2037 ou 2038. La contrainte porte sur la revente autant que sur la location.

L’oubli du document coûte plus cher qu’une erreur de remplissage

L’avantage n’est pas automatique et l’administration ne le reconstitue pas à partir des éléments qu’elle détient déjà. Pour les régimes d’amortissement antérieurs, l’option devait être formulée dans une note conforme à un modèle fixé par l’administration. Une réponse ministérielle l’a rappelé sans détour : ni la souscription de la déclaration de revenus fonciers ni le contrat de location ne valent option.

Des redressements ont été prononcés sur ce seul fondement, contre des bailleurs qui remplissaient par ailleurs toutes les conditions de fond. La logique n’a aucune raison de changer avec le nouveau dispositif : l’engagement est le fait générateur du droit, pas sa confirmation administrative.

Irrévocable se prend au pied de la lettre. Une fois l’engagement déposé, le logement ne revient pas au micro-foncier pendant la période couverte, ne bascule pas en meublé et ne voit pas sa durée raccourcie. C’est la raison pour laquelle la portée de l’option jeanbrun et le contenu de la déclaration 2044-EB se vérifient avant la signature, pas au moment du contrôle.

ATTENTION
  • L’option est irrévocable pour le logement concerné : ni retour au micro-foncier, ni passage en meublé, ni réduction de la durée pendant les neuf ans.
  • Un engagement joint à la mauvaise année de déclaration est traité comme un engagement absent.

Ce que déclenche une rupture d’engagement

Le texte ne prévoit pas de pénalité forfaitaire. Il reprend ce qui a été déduit : le revenu net foncier de l’année au cours de laquelle l’engagement cesse d’être respecté est majoré du montant des amortissements déjà déduits. Plus la rupture est tardive, plus le rattrapage est lourd, ce qui inverse la logique des anciens dispositifs à réduction d’impôt.

Ce rappel peut bénéficier du système du quotient, qui atténue la progressivité de l’impôt sur un revenu exceptionnel. Il reste une imposition encaissée en une fois, sur une somme accumulée pendant plusieurs années.

MANQUEMENTCONSÉQUENCE
Revente avant le terme des neuf ansMajoration du revenu net foncier de tous les amortissements déduits
Passage en meublé ou en résidence secondaireEngagement de location nue rompu, reprise des amortissements
Loyer supérieur au plafond du niveau choisiCondition non respectée, reprise des amortissements
Bail conclu avec un parent ou allié jusqu’au deuxième degréLocation exclue du dispositif, reprise des amortissements
Cession des parts par l’associé d’une société non soumise à l’ISEngagement de conservation rompu, reprise pour l’associé concerné
Invalidité de 2e ou 3e catégorie, licenciement, décès du contribuable ou de l’un des époux soumis à imposition communePas de majoration

L’engagement ouvre le droit, la déclaration annuelle l’entretient. Le régime réel devient obligatoire pour le logement concerné : la loi de finances pour 2026 a ajouté les nouveaux cas i et j à la liste des exclusions du micro-foncier prévue à l’article 32 du CGI. Tenir ses revenus fonciers au régime réel pendant toute la période n’est donc pas une option de gestion, mais une contrepartie de l’amortissement.

Sur le même sujet

La suite se joue sur deux terrains distincts. Le contenu exact de la première déclaration jeanbrun détermine les pièces à joindre l’année de l’option, et le suivi dans la durée repose sur une comptabilité bailleur privé capable de tenir un tableau d’amortissement logement par logement pendant neuf ans.

Questions fréquentes

Peut-on déposer l’engagement de location après la déclaration ?
Le texte rattache l’option à la déclaration des revenus de l’année d’achèvement ou d’acquisition. Un dépôt tardif place le bailleur en position de contestation, sans garantie de résultat : pour les régimes antérieurs, l’administration a refusé de déduire l’option d’autres documents, y compris d’un bail signé avant la déclaration. Une régularisation se traite au cas par cas, de préférence avant que le service ne se prononce.
Faut-il un nouvel engagement à chaque changement de locataire ?
Non, l’engagement se signe une fois par logement, pour toute la période. Chaque nouveau bail rouvre en revanche la vérification des plafonds, puisque le loyer et les ressources du locataire s’apprécient à la date de conclusion du contrat. Les justificatifs correspondants sont à conserver bail par bail.
Qui signe l’engagement quand le logement est détenu par une SCI ?
Le gérant signe au nom de la société, qui prend l’engagement de louer dans les conditions du dispositif. Chaque associé s’engage en parallèle à conserver ses parts pendant toute la durée couverte par cet engagement. La cession des parts avant le terme entraîne la reprise des amortissements imputés par l’associé concerné.
Que se passe-t-il si le logement reste vide entre deux locataires ?
Le texte exige une location effective et continue sur les neuf ans. Une vacance courte entre deux baux se défend habituellement par la preuve des diligences de relocation, mais la tolérance propre à ce dispositif n’est pas encore écrite : les commentaires de l’administration n’étaient pas publiés à la mi-2026. Conserver mandats, annonces et échanges avec les candidats reste la seule protection disponible.
SOURCES OFFICIELLES
  • Article 47 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, créant le statut du bailleur privé Légifrance
  • Formulaire 2044-EB, statut du bailleur privé et engagement de location, cerfa n° 11639*26 impots.gouv.fr
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