Guide indépendant — dispositif Jeanbrun, art. 31 du CGI ● Mis à jour loi de finances 2026
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Comptabilité bailleur privé : le plan d’amortissement

Aucun bilan, aucun compte de résultat, aucune liasse fiscale : le statut du bailleur privé range l’amortissement dans les revenus fonciers, pas dans les bénéfices industriels et commerciaux. La comptabilité du bailleur privé se résume donc à deux flux, les loyers encaissés et les charges payées, plus un document que le formulaire 2044 ne réclame nulle part. Ce document, c’est le plan d’amortissement. Aucune case ne l’exige, aucun format ne s’impose, et c’est pourtant lui qui fixera votre imposition foncière pendant plus de vingt ans, puis le montant de votre plus-value le jour de la revente.

L’article 47 de la loi de finances pour 2026 ferme au passage la porte du micro-foncier pour tout logement placé sous le dispositif. L’abattement de 30 % disparaît, le régime réel devient la seule voie possible. Opter, c’est accepter de déclarer son bien au fisc ligne par ligne et de suivre un amortissement qui court bien après la fin des neuf ans d’engagement.

Pas de comptabilité commerciale, mais une obligation de preuve

Les revenus fonciers fonctionnent sur une logique de trésorerie. Un loyer est imposable l’année où il est encaissé, une charge déductible l’année où elle est payée. Ni écriture d’engagement, ni journal, ni fichier des écritures comptables : rien de ce qui pèse sur un loueur en meublé au réel ne s’applique ici.

Ce que la loi exige, c’est la preuve. Le propriétaire doit pouvoir justifier, sur demande de l’administration et par tous moyens, la nature et le montant des dépenses qu’il déduit pour leur montant réel. Les déductions forfaitaires échappent à cette règle, puisqu’elles ne reposent sur aucune facture. La tenue comptable d’un bailleur privé relève donc de la discipline documentaire, pas de la technique comptable.

L’amortissement déplace pourtant l’horizon. Une charge déduite en 2027 se justifie par une facture de 2027. Une dotation déduite en 2035 se justifie par un acte de vente signé en 2026 et par un calcul figé la même année. Personne ne conserve ce calcul à votre place : ni le notaire, ni le promoteur, ni l’administration, qui ne reçoit chaque année qu’un montant déjà agrégé.

Le suivi comptable tient alors dans un tableur à trois onglets : les recettes encaissées, les charges payées avec le renvoi vers le justificatif, et le plan d’amortissement. Le troisième onglet est le seul qui ne se reconstitue pas dix ans plus tard.

Les quatre données à figer dès la première année

Le plan d’amortissement se construit une fois, à l’ouverture, et ne bouge plus ensuite. Quatre paramètres suffisent, tous fixés par l’article 31 du code général des impôts dans sa rédaction issue de la loi de finances pour 2026.

  1. La base amortissable. Le prix d’acquisition net de frais, diminué de 20 % au titre du foncier. Ce forfait de 20 % est posé par la loi : aucune ventilation terrain contre bâti à produire, aucune expertise à financer. Dans l’ancien réhabilité, les travaux s’ajoutent au prix avant l’abattement de 20 %.
  2. Le taux. Dans le neuf, 3,5 % en location intermédiaire, 4,5 % en location sociale, 5,5 % en location très sociale. Dans l’ancien réhabilité, 3 %, 3,5 % et 4 % pour les mêmes niveaux.
  3. Le point de départ. Le premier jour du mois d’achèvement du logement, ou de son acquisition si elle intervient plus tard. La première année se calcule au mois près, jamais en année pleine.
  4. L’affectation locative retenue. Elle commande le taux, et elle reviendra plus loin dans le calcul du plafond annuel.

Un appartement neuf acquis 200 000 € net de frais, achevé en septembre 2026 et loué au niveau intermédiaire, ouvre une base de 160 000 € et une dotation pleine de 5 600 € par an. L’année 2026 ne compte que quatre mois, soit 1 867 €. Ajoutons un second appartement identique, achevé en janvier 2028 et loué dans les mêmes conditions.

ANNÉEBASETAUXDOTATION THÉORIQUEDÉDUCTION RETENUECUMUL DÉDUIT
2026 (4 mois)160 000 €3,5 %1 867 €1 867 €1 867 €
2027160 000 €3,5 %5 600 €5 600 €7 467 €
2028 (2 logements)320 000 €3,5 %11 200 €8 000 €15 467 €
2029320 000 €3,5 %11 200 €8 000 €23 467 €

Dans l’ancien, les travaux intégrés à la base sortent définitivement des charges déductibles : le texte écarte pour eux la déduction des dépenses de réparation, d’entretien et d’amélioration. Une facture ne peut donc pas servir deux fois, une année en charge puis les suivantes en dotation. L’arbitrage se joue à l’ouverture du plan, pas au moment de remplir la déclaration.

Le plafond de 8 000 € se calcule par foyer fiscal

La loi plafonne la somme des déductions pratiquées au titre des amortissements du neuf et de l’ancien à 8 000 € par an et par foyer fiscal. La formulation compte : le plafond ne s’apprécie pas logement par logement. Deux appartements amortis 5 600 € chacun produisent 11 200 € de dotation théorique et 8 000 € de déduction effective.

Le plafond monte à 10 000 € ou 12 000 € lorsqu’au moins 50 % des revenus bruts tirés des logements amortis proviennent respectivement de la location sociale ou très sociale. Ce seuil se vérifie chaque année, sur la répartition réelle des loyers encaissés. Un plafond peut donc valoir 12 000 € une année et 8 000 € la suivante sans qu’aucun bien n’ait changé de statut : il suffit qu’un logement social soit resté vacant quelques mois.

Le plan doit donc porter deux colonnes distinctes par logement, la dotation théorique et la déduction retenue, plus une ligne consolidée à l’échelle du foyer. C’est la seconde colonne qui intéresse l’administration, et elle l’intéresse deux fois : l’année de la déduction pour l’impôt sur le revenu, puis à la revente.

À RETENIR
  • ✓ Le plafond de 8 000 € s’apprécie par foyer fiscal, tous logements amortis confondus
  • ✓ La majoration à 10 000 € ou 12 000 € dépend d’un test annuel sur 50 % des revenus bruts
  • ✓ La dotation qui dépasse le plafond n’est pas déduite, et le texte n’organise pas son report
  • ✓ Seuls les amortissements effectivement déduits comptent au calcul de la plus-value

Le plan d’amortissement survit à l’engagement de neuf ans

Le réflexe habituel consiste à conserver ses justificatifs trois ans, durée du droit de reprise de l’administration en matière d’impôt sur le revenu. Ce repère ne vaut rien ici.

L’engagement de location porte sur neuf ans. S’il est rompu, le revenu net foncier de l’année est majoré du montant des amortissements déduits depuis l’origine. Le texte prévoit un mécanisme de quotient : la majoration est divisée par le nombre d’années civiles de déduction, le résultat s’ajoute au revenu global, et l’impôt correspondant est multiplié par ce même nombre. L’invalidité de deuxième ou troisième catégorie, le licenciement et le décès du contribuable ou de son conjoint neutralisent cette reprise. L’option Jeanbrun, elle, reste irrévocable pour le logement considéré.

La revente ferme la boucle. L’article 47 a modifié l’article 150 VB du code général des impôts pour y viser expressément les amortissements du statut : le prix d’acquisition retenu pour le calcul de la plus-value est minoré des amortissements admis en déduction. Un bien acheté 200 000 € et amorti 60 000 € entre en ligne de compte pour 140 000 €. Une vente vingt-cinq ans après l’acquisition suppose donc de produire un cumul ouvert vingt-cinq ans plus tôt.

ATTENTION
  • L’option pour le dispositif est irrévocable pour le logement considéré : elle ne se corrige pas l’année suivante.
  • La rupture de l’engagement réintègre l’intégralité des amortissements déduits, pas la seule année en cours.
  • Le cumul des amortissements déduits sera demandé à la cession, quelle que soit sa date : le plan se conserve jusqu’à la vente.

Tableur, logiciel ou expert-comptable

Les logiciels de comptabilité destinés à la location meublée ne conviennent pas. Ils raisonnent en bénéfices industriels et commerciaux, décomposent le bien par composants avec des durées propres à chacun, et produisent une liasse 2031 et 2033 dont le bailleur privé n’a aucun usage. Leur tableau d’amortissement n’est pas transposable : ni la base, ni les taux, ni le plafond ne se ressemblent.

Les outils de gestion locative couvrent l’autre moitié du besoin, quittances et suivi des encaissements, et ignorent l’amortissement. Aucun logiciel d’amortissement en location nue n’existait avant février 2026, faute de dispositif à équiper. Un tableur reste l’option la plus rapide : un plan par logement représente une dizaine de lignes par an.

L’arbitrage se joue surtout sur la fiscalité de la dépense elle-même, et elle n’est pas neutre. Les honoraires versés à un tiers pour la tenue de la comptabilité des immeubles et pour la rédaction des déclarations fiscales se déduisent pour leur montant réel. L’acquisition d’un logiciel relève au contraire des autres frais de gestion, couverts par un forfait de 20 € par local, sans complément possible même lorsque la dépense réelle dépasse ce montant.

Concrètement, 600 € d’honoraires d’expert-comptable réduisent le revenu foncier de 600 €. Une licence logicielle à 150 € le réduit de 20 €. La frontière tient à la nature de la dépense : une prestation facturée par un tiers d’un côté, un outil acheté de l’autre. Un abonnement à un service qui établit réellement la déclaration se rapproche de la première catégorie, et mieux vaut que la facture le dise. Le reste des charges suit les règles ordinaires des revenus fonciers régime réel.

Ce que la doctrine fiscale n’a pas encore tranché

À la mi-2026, l’administration n’a publié aucun commentaire propre aux amortissements des i et j de l’article 31. Les praticiens travaillent sur le seul texte de loi, et plusieurs points restent ouverts : le sort de la fraction de dotation écartée par le plafond, la portée exacte de la réintégration à la plus-value, l’articulation avec le déficit foncier.

Le support déclaratif suit le même retard. Le formulaire 2044-EB en circulation porte l’intitulé « statut du bailleur privé », ce qui prête à confusion : il repose sur les articles 199 septvicies et 199 novovicies, c’est-à-dire sur le Scellier, le Pinel et le Denormandie, pas sur le dispositif issu de l’article 47. La première option sera exercée sur la déclaration des revenus de 2026, déposée au printemps 2027, et les imprimés adaptés paraîtront à ce moment.

L’attitude raisonnable consiste à ouvrir le plan dès maintenant, à dater chaque hypothèse retenue et à conserver le texte sur lequel elle repose. Un plan ouvert en 2026 sur la loi se corrige en 2027 si la doctrine dit autre chose. Un plan jamais ouvert ne se reconstitue pas.

Sur le même sujet

Le plan d’amortissement n’est qu’une pièce du dossier. En amont, l’avantage repose sur un engagement formalisé, dont le contenu et les conditions relèvent de la déclaration d’engagement de location. En aval, tout se joue sur la première déclaration Jeanbrun, celle qui exerce l’option, fixe le point de départ et arrête la première dotation.

Questions fréquentes

L’amortissement se calcule-t-il frais de notaire compris ?
Non. Le texte vise le prix d’acquisition net de frais, ce qui exclut les frais d’acquisition de la base amortissable. Ils ne sont pas davantage déductibles des revenus fonciers, la doctrine écartant expressément les sommes versées à un tiers pour l’acquisition de l’immeuble. Ils ne réapparaissent qu’au calcul de la plus-value, en majoration du prix d’acquisition.
L’amortissement non déduit à cause du plafond est-il perdu ?
Le texte plafonne la déduction annuelle sans organiser le report de l’excédent. En l’absence de commentaire administratif, la lecture prudente consiste à traiter la fraction écartée comme non déduite, donc non réintégrable à la revente. Conserver les deux montants dans le plan permet d’appliquer l’une ou l’autre solution quand la doctrine paraîtra.
Une SCI à l’impôt sur le revenu doit-elle tenir une comptabilité particulière ?
L’amortissement se pratique au niveau de la société et se répartit entre associés selon leurs parts. La SCI déclare déjà son résultat sur une 2072, ce qui impose un formalisme supérieur à la détention directe. S’y ajoute l’engagement de conservation des titres jusqu’au terme de la période de location, à documenter au même titre que le plan.
Faut-il ouvrir un compte bancaire dédié à la location ?
Aucun texte ne l’impose pour des revenus fonciers en détention directe. Le principe de caisse rend pourtant la preuve plus simple lorsque loyers et charges transitent par un compte distinct : la date de paiement conditionne l’année de déduction, et un relevé dédié la démontre sans discussion.
SOURCES OFFICIELLES
  • Article 47 de la loi de finances pour 2026, créant les i et j du 1° du I de l’article 31 du CGI : Légifrance
  • Frais d’administration et de gestion déductibles des revenus fonciers, BOI-RFPI-BASE-20-10 : BOFiP
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